AGRICULTURE VEXINOISE
Gentleman-farmer ou paysan ? Agro-industriel ou jardinier de l'espace ? Productiviste ou écologiste ? La société a une relation passionnelle avec ses agriculteurs. L'agriculture suscite débat. Les opinions apparaissent parfois tranchées. Les arguments avancés sont souvent simplistes. Quant à la réalité, elle est toujours escamotée. C'est de cette réalité que je souhaite vous entretenir à travers notre terroir, le Vexin français, où l'activité agricole façonne son paysage.
C'est l'économie qui conditionne la diversité paysagère
Il convient de rappeler un lieu commun: la diversité des paysages du Vexin français est intimement liée aux décisions de la Commission Européenne siégeant àBruxelles, commission qui agit selon les directives des états membres. Son évolution a été la suivante.
Jusque dans les années 50, les agriculteurs sont à la fois éleveurs et cultivateurs. Ainsi, le paysage de chaque village ressemble à un patch-work où le vert des pâturages ressort. A partir des années 60, la Communauté Economique Européenne incite ses agriculteurs à se spécialiser et à intensifier leur production. Dans le contexte de l'époque, cette stratégie offre de nombreux avantages : l'autosuffisance alimentaire nationale, une modération de l'inflation par des coûts de production plus faibles, et un transfert de main d'uvre agricole vers l'industrie. Parallèlement, il s'ensuit une restructuration des élevages :
- Dés 1970, les politiques prennent des mesures d'accompagnement pour favoriser la cessation d'activité laitière ; les quotas apparaissent en 1984.
- Sur le marché du mouton, nous devons lutter à armes inégales face à l'Océanie et leurs immenses troupeaux ; les moutons disparaissent de nos plaines.
- Quant à l'élevage bovin, trop peu rémunérateur, il subit des ajustements que de nombreux éleveurs n'ont pas anticipés.
Ainsi, 30 ans plus tard, la production de blé, activité séculaire de notre terroir, s'est trouvée renforcée sur des zones vexinoises où elle n'a pas lieu d'y être majoritaire.
Pourtant, il existe des régions naturelles où l'élevage demeure une activité prépondérante à l'instar du Pays de Caux ou de la Thiérache.
Il faut donc avancer un deuxième argument sans équivoque. La diversité d'un paysage dépend également de la densité du tissu agro-industriel de la dite région naturelle. Plus un territoire possède de laiteries, de coopératives céréalières, d'abattoirs, de conserveries, de foires aux bestiaux, de sucreries, plus un paysage est varié. Or dans notre Vexin français, l'urbanisation incessante de la banlieue parisienne a provoqué le départ de toute cette économie locale indispensable au maintien des familles agricoles. Le dernier abattoir du Vexin, celui de Pontoise, a cessé son activité dans les années 80. La laiterie la plus proche est à Clermont, dans l'Oise. La sucrerie d'Us a fermé ses portes au profit de celle d'Etrepagny, dans l'Eure. Quant aux maraîchers et arboriculteurs, secteur où l'on compte 25 départs à la retraite pour une seule installation, ils sont le pot de terre face au pot de fer que sont les grandes surfaces ou les expropriations. Seules résistent deux coopératives céréalières dans le secteur. Malheureusement, des élus ont laissé construire des habitations a proximité de certains dépôts. Quel est l'avenir de oes dépôts?
Le respect de l'environnement, l'agriculture raisonnée s'y emploie
Dans le Val d'Oise, 700 agriculteurs façonnent 50% du territoire départemental pendant qu'un million d'habitants travaillent, consomment et vivent sur l'autre moitié du département. Ces derniers aspirent donc à profiter de la campagne, de ses bois et chemins, de sa beauté et de sa tranquillité. De plus en plus fréquemment, ils s'inquiètent de l'utilisation de cette campagne par le monde agricole. La question sous-jacente est: les agriculteurs respectent-ils l'environnement avec leur méthodes culturales modernes?
Les pratiques agronomiques évoluent dans ce sens. Le "tout intensif" des années 60 a vécu. La place est désormais à l'agriculture raisonnée qui présente l'avantage d'être plus respectueuse de l'environnement et plus rémunératrice pour l'agriculteur. Son concept est le suivant: toute intervention sur les plantes se décide après observation de leur besoins.
Prenons l'exemple du blé. L'agriculteur le sème en octobre en évaluant instantanément son potentiel de rendement selon la qualité de la terre. Au cours de l'année culturale (octobre à août), il gère les deux facteurs essentiels de développement: la nourriture (les engrais) et la santé (la protection phytosanitaire). L'alimentation du blé se programme après avoir fait une analyse de sol, en fonction de l'objectif de rendement fixé par l'agriculteur. En janvier, celui-ci prélève un échantillon de terre et l'envoie au laboratoire régional. Ce dernier lui indique alors sous 10 jours les quantités d'azote, de phosphore et de potassium présent dans cette parcelle. Dès lors, l'agriculteur peut apporter la juste différence avec un engrais. Il a également intérêt à fractionner oette dose en 3 apports, pour une meilleure répartition sur le cycle de développement de la plante.
Le raisonnement est identique en matière de santé. L'agriculteur intervient Si le seuil de nuisibilité d'un parasite ou d'une maladie est dépassé (ces seuils sont déterminés par l'INRA et les organismes professionnels). Cela implique une surveillance journalière dans les champs. Ainsi, en mai, Si un pied de blé sur 2 porte une colonie de pucerons, il est nécessaire de traiter. Le coût du traitement sera alors inférieur à la perte de rendement potentiel. Finalement, il convient d'intervenir à la juste date avec la juste dose, en tenant compte d'une combinaison parfaite de 3 paramètres climatiques (température, hygrométrie et vent). Le concept est le même vis-à-vis des champignons (maladies cryptogamiques) et des mauvaises herbes.
Cette démarche n'admet aucune erreur de vigilance ni d'appréciation mais elle est plus motivante professionnellement.
Si la tentation est grande d'encadrer le développement agricole en lui missionnant d'autres objectifs de non-production, le fondement même de l'agriculture repose sur l'acte de production. Savoir élever et sélectionner de nobles sujets, savoir cultiver et récolter de beaux fruits, savoir préparer et transformer les produits de la terre, constitue la passion de ce métier. Notre vocation est de vivre de nos efforts et de notre travail dans le respect de la Nature et non de subventions et d'aides compensatoires dont la clé de répartition change au gré des pulsions des uns et des autres.
Alors, Si l'agriculture suscite quelque curiosité, les agriculteurs vous invitent pour la troisième année consécutive à une journée à la découverte de leur passion et de leur quotidien. Rendez-vous à Génicourt le dimanche 9 juin 2002.
Guillaume VANTHUYNE
Jeune agriculteur
Grisy-l es-Plâtres