ANALYSE DES INONDATIONS DE TYPE TORRENTIEL A COULEES DE BOUES DE L'ANNEE 2000 DANS LE VAL D'OISE
SYNTHESE NON TECHNIQUE
Les fortes précipitations
orageuses qui se sont abattues sur les communes du département du Val
d'Oise durant cette année 2000 ont provoqué des inondations et
des dégâts importants pour l'ensemble de la collectivité.
Sur les 185 communes que compte le département, 49 ont fait la demande
de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle soit pratiquement
une commune sur trois. L'analyse historique de ces demandes montre que certaines
communes sont plus touchées que dautres par ces phénomènes.
Il convient donc d'étudier l'origine et les mécanismes de linondation
de manière à pouvoir envisager des actions efficaces et continues
dans le temps. Les inondations peuvent avoir différentes origines comme
le débordement de cours d'eau, la remontée du niveau de la nappe
phréatique, l'insuffisance des réseaux d'assainissement non dimensionnés
pour des événements exceptionnels, des coulées de boue
et d'eau traversant les secteurs urbanisés.
Parmi
ces différents types d'inondations, les inondations torrentielles à
coulées de boues constituent un des problèmes caractéristiques
des secteurs géographiques situés au contact des espaces agricoles
et des zones urbanisées. Les précipitations qui ne s'infiltrent
pas dans les terres ruissellent et aboutissent en flot dévastateur sur
les zones construites en l'absence de dispositifs suffisants de maîtrise
du ruissellement. Il n'y a qu'à lire les titres de la presse pour apprécier
le pouvoir destructeur de ces phénomènes (ci-contre). L'augmentation
des sinistres, et la répétitivité des phénomènes
dits "exceptionnels" ont conduit à une modification du code
des assurances. La franchise est aujourd'hui modulée en fonction du nombre
d'arrêtés de catastrophe naturelle déjà pris depuis
de février 1995 concernant le risque. Pour les communes non dotées
d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles, elle
est alors doublée au troisième arrêté, triplée
au quatrième, quadruplée au cinquième et suivants. Ces
dispositions qui sont entrées en application au 1er janvier 2001 vont
conduire les communes à mieux prendre en compte le risque au niveau de
leur territoire. Les coulées de boues ne sont pas un phénomène
récent. Elles ont toujours existé au cours des temps : c'est l'érosion
géologique. Mais l'intervention de l'homme conduit à modifier
et accentuer les phénomènes. S'il y a depuis quelques années
aggravation de la situation, on assiste surtout à une évolution
des perceptions de ces phénomènes par la population. Il y a un
siècle ou quelques dizaines d'années, l'érosion, les coulées
de boues et les dégâts consécutifs étaient considérés
comme un aléa naturel avec lequel il fallait vivre. Aujourd'hui, avec
l'urbanisation des secteurs à risques, agriculteurs, élus locaux
et habitants cherchent à s'en protéger et à y remédier,
d'abord par des indemnisations et depuis peu par des aménagements ou
des changements de pratiques encore faiblement répandus. Lorsqu'il pleut,
une partie des eaux s'infiltre dans les terrains et une autre partie ruisselle
pour rejoindre l'exutoire naturel. La quantité d'eau infiltrée
par rapport à la quantité d'eau ruisselée dépend
de plusieurs facteurs et notamment de l'état des sols (teneur en eau,
structure..) et du recouvrement végétal au moment de la pluie.
Les sols du département, essentiellement limoneux, ont tendance à
s'imperméabiliser sous l'effet de fortes pluies. Par ailleurs, des précipitations
importantes précédant l'orage conduisent à les saturer
d'eau, et donc à les imperméabiliser.
L'eau qui ne peut s'infiltrer s'écoule naturellement sur les terres de
culture et se concentre en prenant plus ou moins de vitesse en fonction de la
pente. L'absence de tout dispositif de rétention et d'infiltration naturelle
ou artificielle sur la zone de réception conduit à amener une
quantité d'eau très importante en très peu de temps au
point bas. Sur son parcours, l'eau acquiert une énergie qui lui permet
d'arracher et d'emporter une charge de matière importante. Les témoignages
de ce phénomène d'érosion et d'arrachement des terres sont
très facilement perceptibles après la pluie.
Cette charge est très variable, en fonction des conditions locales, mais
est généralement supérieure à 10 g/l et peut atteindre
60 g/I voire 260 g/I. Les eaux de ruissellement se chargent de matières
solides et d'éléments divers et se concentrent sur le plateau
agricole. Elles empruntent alors le talweg pour rejoindre la ravine qui constitue
l'axe d'écoulement préférentiel entre le plateau et la
vallée. L'urbanisation qui se développe dans la vallée
à proximité des cours d'eau occupe parfois cette ravine exposant
les personnes et les biens à des coulées d'eau et de boue Les
conséquences de ces phénomènes sont à considérer
à plusieurs niveaux. Tout d'abord, lorsque le ruissellement s'effectue
sur les terres de culture, la puissance du flot peut déraciner les jeunes
plants, conduisant à une perte de culture. C'est un effet immédiat
que l'on peut facilement constater après l'orage. Mais il se produit
aussi un phénomène plus insidieux et plus grave d'entraînement
des particules fines du sol, particules les plus fertiles conduisant à
un appauvrissement du sol (perte patrimoniale pour l'exploitant). Enfin, le
ruissellement concentré provoque la formation de rigoles et ravines qui
retardent les travaux agricoles.
Lorsque
l'eau s'est chargée de terre, elle dévale la pente parfois importante,
ce qui lui donne une vitesse et une puissance destructrices. Les routes, les
habitations, les équipements divers sont balayés par ce flot d'eau
et de boue qui s'introduit dans les habitations (photographie ci-contre). Ces
dommages coûtent très cher à la collectivité. Finalement,
l'eau rejoint généralement à l'aval un exutoire constitué
par le cours d'eau. Les eaux de ruissellement entraînent sans différenciation
des éléments solides et dissous (argiles, limons, matière
organique, nitrates, phosphates, produits phytosanitaires...). Les particules
solides se décantent conduisant à l'envasement du cours d'eau.
Les produits dissous sont néfastes pour la faune et la flore aquatique
et peuvent conduire à la destruction de toute vie. Les principales conséquences
peuvent être l'asphyxie des poissons et l'eutrophisation des cours d'eau
et des étangs.
Il n'existe cependant pas de remède miracle et il faut généralement
considérer un ensemble de solutions constituant un dispositif adapté
à la lutte contre l'érosion et les coulées de boues (schéma
de gestion des eaux de ruissellement au niveau du bassin versant). Il convient
donc après identification des axes de ruissellement fonctionnels, d'élaborer
une stratégie commune entre les différents intéressés
: agriculteurs, habitants, pouvoirs publics... pour améliorer l'infiltration
et la rétention des eaux à la source, protéger et canaliser
les eaux au droit des zones exposées. Rappelons que la meilleure des
solutions consiste à ne pas exposer les populations au risque et donc
à maîtriser l'urbanisation dans les secteurs sensibles. Les solutions
envisagées doivent êtres concertés entre les différents
partenaires pour garantir leur efficacité et leur longévité
en tenant compte des coûts d'investissement mais aussi et surtOut des
coûts de l'entretien indispensable au maintien sur la durée de
l'efficacité des dispositifs mis en uvre. Pour lutter contre Ces
problèmes d'érosion et de coulées boueuses, il existe deux
grandes catégories de solutions. De manière générale,
on distingue les techniques préventives des techniques curatives. Les
techniques préventives ont pour objet de retenir les eaux de ruissellement
a la source sur te plateau agricole, en augmentant l'infiltration et la rétention
de manière a réduire les quantités d'eau ruisselées
et les charges transportées tout en retardant t'arrivée des écoulements
au point bas. Les dispositifs doivent être finement disposés de
manière a obtenir une efficacité optimum sans trop perturber l'activité
agricole. Ils se composent notamment de haies a créer ou a renforcer
permettant de fixer le sol et favorisant l'infiltration. de bandes enherbées,
de remise en prairie d'une partie de la parcelle ou encore de création
de talus ou de fossés bordant les chemins. La multiplication des dispositifs
améliore la maîtrise du ruissellement, mais nécessitent
leur entretien et une surveillance régulière. L'amélioration
de ta structure des sots par augmentation de ta teneur en matières organiques
permet une meilleure absorption et rétention des eaux précipitées
tout en abaissant la sensibilité des sols a l'érosion.
1. La modification des pratiques culturales, avec notamment le maintien des parcelles de taille moyenne et l'alternance des cultures sur un versant
2. Le travail du sol perpendiculairement à ta plus grande pente pour ralentir les écoulements (sauf pour les cultures buttées)
3. L'utilisation de pneus larges ou doubles, d'outils auto-portés pour limiter le compactage des sols, l'absence de passage sur sol gorgé d'eau qui ressuie difficilement
4. Le maintien d'un couvert végétal lors des saisons orageuses ou encore l'assolement concerté, peuvent en complément des solutions précédentes contribuer a réduire tes phénomènes de ruissellement, d'érosion et de coulées boueuses.
En plus de ces dispositifs au niveau du bassin d'apport, la maîtrise de
l'urbanisation dans les zones exposées et notamment au droit des principaux
axes d'écoulement ne doit pas être négligée. Les
techniques curatives sont les plus couramment utilisées car plus aisées
a mettre en uvre. Il s'agit notamment de digues, de bassins de retenue
et de collecteurs d'évacuation des eaux. Ces solutions permettent de
tamponner les débits, de décanter partiellement les eaux et d'évacuer
le flot jusque l'exutoire. Ces solutions souvent efficaces pour protéger
les zones urbanisées réduisent les conséquences du ruissellement
sans s'attaquer aux véritables causes.
DDE du Val d'Oise - Service de l'Urbanisme et de l'Aménagement - Bureau des protections et des Risques, Mai 2001