Pesticides : le point de vue de l'Union Fédérale Des Consommateurs qui justifie l'agriculture raisonnée

Les pesticides continuent à faire des ravages. Chaque année dans le monde, ils tueraient, selon l'Organisation mondiale de la santé, près de 300000 personnes, sans compter 3 à 4 millions d'individus gravement atteints. Pendant que la présence de plus en plus évidente d'organismes génétiquement modifiés dans notre alimentation inquiète et que Bruxelles tarde à imposer la traçabilité (seule façon de donner le libre choix aux consommateurs), l'emploi de pesticides ne faiblit pas. Avec plus de 100000 tonnes épandues chaque année, la France en est le plus gros utilisateur au monde derrière les États-Unis. Les conséquences dénoncées récemment par l'Institut français de l'environnement (Ifen) sont là : 90% de nos rivières et 58% de nos nappes phréatiques sont gavées de pesticides. Les résultats des analyses effectuées par l'UFC-Que Choisir ont maintes fois prouvé que les pesticides étaient partout : dans le sol, l'air, nos aliments, l'eau que l'on boit, celle des piscines, des rivières, celle qui baigne nos côtes, dans les médicaments... Si les agriculteurs sont les principaux accusés, les consommateurs et les grandes entreprises (SNCF, DDE, EDF...) sont aussi au nombre des pollueurs. Le Parlement européen exige bien la réduction de moitié d'ici à dix ans des quantités de pesticides utilisés, mais la Commission européenne reste très discrète sur le sujet. Quant à la France, les pouvoirs publics se hâtent lentement. Sans parler du Gaucho, deux exemples, l'atrazine et le lindane, témoignent des atermoiements hexagonaux. La France a attendu 2002 pour interdire l'atrazine, produit que l'Allemagne a banni dès 1991. Pour le lindane, insecticide très toxique et interdit en agriculture depuis juillet 1998, son utilisation reste autorisée, entre autres, pour lutter contre les termites. Le monde agricole est certainement le mieux armé pour inverser la tendance. L'UFC-Que Choisir pense que l'agriculture raisonnée peut en être l'outil majeur. En qualifiant des pratiques, une meilleure utilisation des pesticides et donc des volumes employés sont possibles. Même si elle se fait lentement, la révision des agréments des molécules au niveau européen va aussi dans le bon sens. Enfin, rien ne sera efficace si l'information sur les produits, tant pour les utilisateurs professionnels que pour les consommateurs, n'est pas assurée loyalement par les fabricants. L'agriculture raisonnée, sur laquelle s'est établi un large consensus, doit être raisonnable. Et il serait tout à fait déraisonnable de laisser les détestables pratiques du passé la tuer dans l'oeuf.

Marie-José Nicoli
Présidente de l'UFC-Que Choisir

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