L'excès d'azote agricole dans les sols atteint 715 000 tonnes LE MONDE du 09.04.03
La Commission européenne rappelle la France à l'ordre à propos des nitrates en Bretagne.
L'agriculture apporte 19 % d'azote en trop sur les sols. Cet excédent, responsable de la pollution de l'eau par les nitrates, n'épargne que les régions montagneuses (Massif central, Alpes, une partie des Pyrénées) et le pourtour méditerranéen. Tels sont les principaux enseignements du numéro d'Agreste primeur, consacré au bilan de l'azote pour l'année 2001, publié mercredi 9 avril. Les statisticiens du ministère de l'agriculture ont comparé l'azote apporté sur les terres (par les engrais minéraux et les effluents d'élevage) à la quantité absorbée par les sols. En effet, l'excédent, qui reste dans le sol, peut se retrouver dans les rivières et les nappes phréatiques.
ELEVAGE INTENSIF ET
GRANDES CULTURES
Dans les régions de grande culture, contrairement à l'ouest
de la France où le surplus provient des déjections animales,
l'excédent d'azote
est d'origine minérale. Avec 2,4 millions de tonnes épandues
en 2001 en France,les engrais chimiques représentent la principale
source d'azote. En moyenne, 94 kg sont utilisés par hectare fertilisable.
Cette dose dépasse les 155 kg dans les Landes, l'Essonne, le Loiret,
la Seine-et-Marne, l'Eure-et-Loir et les Yvelines, et excède les
200 kg dans les Landes, le Tarn-et-Garonne et le Lot-et-Garonne, où le
maïs est cultivé. "Pour éviter les fertilisations
excessives, les doses prévues (...) doivent tenir
compte du rendement recherché ou de l'azote présent dans
le sol, explique l'auteur. Les agriculteurs s'y plient, particulièrement
dans les zones de grandes cultures". 90 % des surfaces sont traitées
selon cette méthode
dans le Val d'Oise, 80 % dans la Somme et les Yvelines et 70 % dans la
Marne et l'Eure-et-Loir, contre 50 % des surfaces dans le Gers, le Lot-et-Garonne
et le
Puy-de-Dôme. Les cultures intermédiaires (ou "pièges à nitrates")
ne sont pratiquées que sur 300 000 hectares, soit 1 % de la surface
agricole utile. Les plus forts excédents restent localisés
dans les départements
d'élevage intensifs : 35 000 tonnes dans les Côtes d'Armor,
29 000 tonnes dans le Finistère. L'ensemble du cheptel français
produit 1,4 million de tonnes d'azote par an, qui proviennent à 75
% des bovins, 8 % des porcs, 6 % des volailles, 6 % des ovins, 3 % des équidés
et 1 % des caprins. Malgré ces chiffres, le bilan des élevages
de porcs et de volailles est beaucoup plus déséquilibré que
celui des bovins, du fait du grand nombre d'animaux élevés
sur de petites surfaces. La Commission européenne
a menacé, vendredi 4 avril, d'engager de nouvelles poursuites contre
la France, déjà condamnée pour la pollution des eaux
bretonnes par les nitrates. La Commission reproche à l'Etat de ne
pas avoir mis en place "un
plan d'action adéquat comportant des mesures efficaces".