La DCE, une nouvelle ambition pour la politique de l'eau
« Il est nécessaire d'élaborer une politique communautaire intégrée dans le domaine de l'eau » (Considérant n°9 du préambule de la DCE)

Adoptée le 23 Octobre 2000 et publiée au Journal Officiel des Communautés Européennes le 22 Décembre 2000 (date d'entrée en vigueur), la Directive-Cadre sur l'Eau (DCE) entend impulser une réelle politique européenne de l'eau, en posant le cadre d'une gestion et d'une protection des eaux par district hydrographique. La directive-cadre doit être transposée dans le droit de chaque Etat-membre avant le 22 décembre 2003. Cette transposition nécessitant une loi, mais aussi des décrets, celle-ci doit impérativement être votée par le Parlement avant la fin du 1er semestre 2003. La DCE innove à plus d'un titre. Avant tout, elle fixe un cadre européen pour la politique de l'eau, en instituant une approche globale autour d'objectifs environnementaux, avec une obligation de résultats, et en intégrant des politiques sectorielles :

Par ailleurs, la directive intègre les thématiques de l'aménagement du territoire et de l'économie dans la politique de l'eau. La directive se veut en fait un véritable outil de planification, intégrateur des différentes politiques sectorielles, pour mieux définir et maîtriser les investissements dans le domaine de l'eau. Participation du public, économie, objectifs environnementaux : ces trois volets font de la directive l'instrument d'une politique de développement durable dans le domaine de l'eau.Les grandes étapes de la DCE

« …Les Etats membres protègent, améliorent et restaurent
toutes les masses d'eau de surface […]afin de parvenir à
un bon état des eaux de surface au plus tard quinze ans
après la date d'entrée en vigueur de la présente directive… »
(Art. 4.a de la DCE)
« … Les Etats membres protègent, améliorent et restaurent
toutes les masses d'eau souterraines […]afin d'obtenir
un bon état des masses d'eau souterraines […] au plus tard quinze ans après la date d'entrée en vigueur de la présente directive… »
(Art. 4.b de la DCE)
La DCE fixe un calendrier précis aux Etats Membres afin de d'obtenir les objectifs qu'elle leur assigne. En voici les grandes étapes, auxquelles ont été ajoutées les étapes nationales de mise en œuvre de la DCE :
2004 : Etat des lieux (permet l'identification des problèmes principaux et la liste des masses d'eau susceptibles de ne pas atteindre le bon état en 2015)
2005 : Début de la démarche de révision des SDAGEs
2006 : Mise en place d'un programme de surveillance de l'état des eaux
Déc 2006 : Date limite pour la consultation du public sur le calendrier d'élaboration du plan de gestion (Art. 14 de la DCE)
Déc 2007 : Date limite pour la consultation du public sur les problèmes principaux (Art. 14)
Déc 2008 : Date limite pour la consultation du public sur le projet de plan de gestion (Art. 14)
2009 : Publication d'un premier plan de gestion
Publication de programme de mesures
Adoption des SDAGEs révisés qui dès lors, font office de plans de gestion
2015 : Point sur l'atteinte des objectifs, assorti si besoin d'un second plan de gestion ainsi que de nouveaux programmes de mesures
Déc 2021 : Date limite pour le premier report de réalisation de l'objectif
Déc. 2027 : Dernière échéance pour la réalisation des objectifs
2015 constitue une date limite théorique. Dans les faits, des dérogations sont possibles, mais ne peuvent être obtenues que sur argumentation motivée. Deux reports de six ans sont prévus par la DCE, pour permettre d'atteindre l'objectif de bon état des eaux (Art. 4.4 de la DCE).


Parallèlement, cette démarche doit intégrer de nouvelles obligations :


Formellement, la DCE demande de procéder à trois consultations du public :

Néanmoins, chaque Etat membre pourra adapter ce calendrier. Ainsi, la France prévoit la consultation des Conseils Régionaux et Conseils Généraux en 2004 et pourrait lancer les consultations du public en 2005.
Indépendamment de ce calendrier, la directive demande de permettre l'accès au public des études utilisées pour l'élaboration des documents soumis à consultation : « …il est nécessaire de mettre à [la] disposition [du public] des informations appropriées sur les mesures envisagées et de faire rapport sur l'état d'avancement de la mise en oeuvre de ces mesures, afin qu'ils puissent intervenir avant l'adoption des décisions finales concernant les mesures nécessaires » (Considérant n°46 du préambule de la Directive).
D'ores et déjà, le Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable organisera courant 2003 des groupes de discussions auprès des citoyens, en lien avec l'Institut Français de l'Environnement (IFEN). Une quinzaine de groupes vont êtres ainsi organisés, et répartis entre les six bassins hydrographiques français. Les agences de l'eau et les DIREN de bassin soutiendront sur leur territoire la tenue de ces groupes de discussion, qui ont pour objet de cerner les préoccupations et attentes du grand public sur la thématique de l'eau. Les informations recueillies devraient permettre d'organiser la participation du public.
Une note de cadrage au niveau national, relative aux procédures d'information et de consultation du public dans le cadre de la gestion de l'eau par bassin versant, est en cours d'élaboration.

L'analyse économique
« L'utilisation d'instruments économiques par les Etats membres peut s'avérer appropriée dans le cadre d'un programme de mesures. Il convient que le principe de la récupération des coûts des services liés à l'utilisation de l'eau, y compris les coûts pour l'environnement et les ressources associés aux dégradations ou aux incidences
négatives sur le milieu aquatique soit pris en compte conformément, en particulier, au principe du pollueur payeur »
(Considérant n°38 du préambule de la DCE)

De toutes les nouveautés introduites par la DCE, l'analyse économique n'est pas la moindre. Désormais, celle-ci constituera une aide à la décision, lorsqu'il faudra faire des choix. Ce qui, dans le domaine de l'environnement, constitue un précédent.
En premier lieu, la directive demande d'identifier les usages de l'eau : usages de loisirs, prélèvements pour l'alimentation en eau potable, pour l'irrigation, l'industrie, etc. Au delà de cette localisation des prélèvements et les rejets, la directive demande de caractériser l'importance économique de ces usages : quelles sont les activités économiques liées , peut-on les évaluer sur le plan économique, en terme de chiffres d'affaire, d'emplois...
Au delà de cette description de la situation actuelle, la directive demande d'examiner les impacts prévisibles à l'horizon 2015 des décisions déjà prises dans le domaine de la gestion de l'eau (travaux liés à la directive "eaux résiduaires urbaines", limitation des apports azotés en application de la directive nitrates, …) mais également de la croissance prévisible des populations et des activités conformément aux prévisions faites pour l'aménagement du territoire. A ce titre, la directive se veut un outil intégrateur des différentes politiques sectorielles pour mieux définir et maîtriser les investissements dans le domaine de l'eau. Ainsi, la politique de l'eau n'est plus uniquement une politique "réparatrice", mais au contraire une politique intégrée et partie prenante des autres politiques sectorielles, dont les exigences peuvent conduire à remettre en cause des éléments de ces politiques sectorielles, notamment en raison des coûts de réparation engendrés.
La directive demande en effet d'analyser les coûts des actions nécessaires afin d'optimiser les programmes de travaux. Elle admet que des objectifs ambitieux puissent être différés de plusieurs années compte tenu de leurs impacts financiers (notion de coûts disproportionnés), mais à condition que toutes les justifications soient soumises au débat public.
Dans un souci de transparence, la directive demande de rendre compte de la récupération des coûts des services liés à l'utilisation de l'eau, permettant de savoir qui paye quoi et pour quoi ? Par contre, elle n'impose pas de procéder au recouvrement complet des coûts.
• Une réflexion à l'international
Au niveau du district Rhin International, un groupe de travail "approche économique intégrée Rhin" a été créé fin 2002. Celui-ci a choisi de suivre à l'international une démarche pragmatique et pluridisciplinaire, et non limitée à la seule réflexion théorique économique : le groupe de travail souhaite en effet intégrer à cette approche d'autres critères, tels que l'écologie, les pressions, les impacts, etc. Une démarche qui a été validée à l'issue d'un atelier de travail international consacré à l'analyse économique dans le district international du Rhin, organisé courant Octobre 2002 par l'agence de l'eau Rhin-Meuse et la DIREN Lorraine.

Les districts hydrographiques internationaux
« les Etats membres veillent à ce qu'un bassin hydrographique s'étendant sur le territoire de plus d'un Etat membre soit intégré à un district hydrographique international. »
(Art. 3.3 de la DCE)

Les districts hydrographiques internationaux Meuse et Rhin"
La Directive Européenne sur l'eau précise que les districts sont composés d'un ou plusieurs bassins hydrographiques ainsi que des masses d'eau souterraines et des masses d'eau côtières associées.
La liste des bassins hydrographiques formant chaque district ou chaque partie nationale de district international est à communiquer par la France à la Commission européenne pour fin Juin 2004.
Les districts nationaux, ou les parties nationales de districts internationaux, rassembleront les bassins suivants (en gras : les parties de districts internationaux) :

Le bassin hydrographique Rhin-Meuse présente un profil particulier, sur le plan national, puisqu'il appartient à deux districts hydrographiques internationaux : celui du Rhin, et celui de la Meuse. Dans les deux cas, un plan de gestion commun aux Etats concernés doit être élaboré. Les instances internationales existantes (par exemple, pour le district Rhin, la CIPR (Commission Internationale de Protection du Rhin) et la CIPMS (Commission Internationale de Protection Moselle-Sarre ) feront ici office d'instances de coordination. Un processus qui s'appuie sur la longue expérience de travail en commun de ces structures préexistantes, et qui facilite la coopération et les échanges sur les différentes méthodes de travail nationales.
Pour le district Rhin, deux secteurs de travail ont été définis : « Moselle-Sarre » et « Rhin supérieur ». Un conducteur d'opérations a été désigné pour chacun d'entre eux : il s'agit de l'agence de l'eau Rhin-Meuse pour le secteur « Moselle-Sarre », par ailleurs bassin pilote dans le cadre de la DCE pur le test de trois guide européens, et de la DIREN Alsace pour le secteur « Rhin Supérieur ».

Le SDAGE, instrument de mise en œuvre de la DCE
La mise en œuvre de la Directive-Cadre sur l'Eau, en France , ne marque pas une rupture en matière de politique de l'eau, bien au contraire : les fondements de la loi sur l'eau du 3 Janvier 1992 se trouve confirmés, en matière notamment de gestion par bassin (le modèle français se trouve ici étendu au niveau européen), de place du milieu naturel comme élément central de la politique de l'eau ,de principe de gestion équilibrée des ressources en eau, et de principe de pollueur/payeur - récupération des coûts.
En confirmant ce modèle de gestion par bassin, tout en l'étendant au niveau européen, la DCE exige la mise en place de systèmes de planification similaires à ceux des SDAGE et des SAGEs.
Né de la loi française sur l'eau de 1992, le SDAGE a l'avantage de l'antériorité et couvre des domaines plus larges que ceux prescrits par la DCE. Il fixe en effet pour chaque bassin hydrographique métropolitain les orientations fondamentales d'une gestion équilibrée de la ressource en eau dans l'intérêt général.
La directive prévoit un système similaire : des "districts hydrographiques" doivent être mis en place à l'échelle des grands bassins. Sur chacun de ces districts doivent être élaborés d'ici 2009 des "plans de gestion" définissant les objectifs à atteindre et des "programmes de mesures", définissant les actions nécessaires, dont la mise en oeuvre sera coordonnée par des "autorités compétentes".
Les SDAGE couvrent les thèmes de la DCE et donc des "plans de gestion". Ils concernent tous deux les mêmes entités géographiques et impliquent chacun un processus de concertation et de consultation spécifique. C'est donc tout logiquement que la transposition en droit français de la directive passe par l'intégration dans la loi sur l'eau de 1992 des prescriptions de la directive cadre. Le SDAGE devient l'instrument français de la mise en œuvre de la politique communautaire dans le domaine de l'eau. Il passe ainsi d'un statut de document d'orientation à celui d'un document de programmation.
La révision du SDAGE devrait être engagée dès 2005, une fois l'état des lieux réalisé.

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