Le ministère puni pour ne pas avoir été entendu
Le
2 mai 2001, le tribunal administratif de Rennes a condamné l'Etat à
verser 751 440 F à la société Suez-Lyonnaise des Eaux.
Cette dernière, elle-même déjà condamnée par
la justice à indemniser ses clients pour la distribution d'une eau dépassant
les 50 mg/l de nitrates, s'était retournée en responsabilité
contre l'Etat pour carence dans l'instruction et le contrôle des installations
classées agricoles, sources de la pollution incriminée. A la question
indirectement posée lors de ce jugement "l'Etat peut-il être
tenu pour responsable d'une dégradation de l'environnement résultant
en partie d'une application insuffisante de la réglementation des activités
polluantes ?", le tribunal a répondu : "Oui".
Réponse extarordinaire par sa nouveauté et sa portée !
Cruelle ironie le ministère devra régler l'indemnité à
la Lyonnaise sur ses propres deniers ! Au-delà, la décision du
tribunal semble ouvrir un véritable gouffre jurisprudentiel : la qualité
de l'eau est aussi dégradée ailleurs en France, et il n'y a aucune
raison pour que cette jurisprudence potentielle s'arrête à ce domaine.
Demain, l'Etat ne pourrait-il pas être poursuivi pour un accroissement
de la morbidité due à la pollution de l'air ou la disparition
d'une espèce inféodée à un habitat naturel non classé
en Natura 2000 ? Et, une fois encore, le ministère être puni d'avoir
eu raison et de ne pas avoir été entendu ?
Loin
d'être théorique, cette perspective nous interroge sur ce qui est
en cause dans ce jugement. La pertinence de la politique du ministère
chargé de l'environnement ? Non ! La qualité ou l'étendue
de nos lois ? Non plus ! Mais bien plutôt la manière défaillante
dont elles sont parfois appliquées, entraînant les désordres
qu'elles ont justement pour objet de prévenir
Extraits d'une
tribune dans Environenment et Territoires, juin-juillet 2001.