Déchets : comment s'en débarrasser?

La capitale dispose enfin d'un Plan départemental d'élimination des déchets ménagers (PDEDM). Rendu obligatoire par une loi votée en 1992 il a été approuvé par le préfet le 16 octobre 2001 et rendu public un mois plus tard il est applicable à compter du 1er juillet 200Z c'est-à-dire dans quelques jours(1). Voici les remarques qu'il inspire.

Il a fallu dix bonnes années aux responsables de la municipalité (successivement Jacques Chirac, Jean Tiberi, Bertrand Delanoë) pour mettre leur bonne ville en conformité avec la législation. La capitale, souvent présentée par ses édiles comme un modèle de gestion municipale, n'a pas été, dans le domaine des déchets, à la pointe du progrès, c'est le moins qu'on puisse dire.

Il est vrai que la tâche était difficile. En effet, la loi de 92 a pour objectif de supprimer l'entassement disgracieux et malodorant des ordures ménagères sur ces décharges municipales qui constellent le territoire français. Ne sont désormais permis que la mise en dépôt de "déchets ultimes", c'est à dire ceux qui restent quand on a épuisé toutes les autres solutions. La loi indique lesquelles : elle recommande de valoriser les matières secondaires que sont nos reliquats domestiques, soit en les brûlant pour produire de l'énergie, soit, encore mieux, en les réutilisant pour élaborer de nouveaux objets. Le problème c'est que Paris n'a pas le plus petit espace pour stocker même des résidus ultimes et pas la moindre installation de recyclage ou d'incinération. Il y a longtemps que la noble ville a pris l'habitude de se débarrasser de ses résidus sur les départements d'alentour. Or ceux-ci rechignent de plus en plus à servir d'arrière-cuisine à la capitale. Et encore moins de dépotoir. Voilà qui rendait Si délicate l'élaboration d'un plan d'élimination.

La rançon de l'hyper consommation

Le document de 44 pages, publié sous le nom de PDEDM, présente un flot de données chiffrées. On savait déjà que la statistique n'est pas une science exacte (qu'est ce d'ailleurs qu'une science "exacte" ?) mais on en trouve ici une belle illustration. Tableaux compliqués, chiffres changeant d'une page à l'autre, additions douteuses, pourcentages hasardeux, le salmigondis est stupéfiant. Cette confusion le rend quasiment incompréhensible.

Le document est très partiel. Il traite seulement des déchets ménagers. Ceux-ci ne représentent que 17,7 % de la totalité des reliquats parisiens. Selon l'éternel principe "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme", la ville lumière produit d'autant plus de résidus qu'elle est prospère, super-active, commerçante et en transformation permanente.

A tout seigneur tout honneur : les ménages parisiens et leurs visiteurs sont les recordmen nationaux de consommation et donc de production de déchets. Ainsi chaque particulier jette quotidiennement à la poubelle l kilo et demi de débris divers, soit plus d'une demi-tonne (574 kilos) par an. Par comparaison, le français moyen - Si tant est qu'il existe - ne produit annuellement que 400 kilos de déchets domestiques. Les éboueurs doivent donc ramasser sur les trottoirs de la capitale plus de 1.200.000 tonnes d'ordures chaque année.

Les consommateurs parisiens ne sont pas seuls responsables. L'activité même de la capitale, toujours trépidante, se traduit par des montagnes de résidus. Les artisans et commerçants en secrètent 640.000 tonnes par an (surtout des emballages), l'activité du bâtiment et des travaux publics 3 millions de tonnes (vieilles charpentes, gravats, débris de béton, peintures, etc). Ajoutons-y les déchets de l'industrie (2 millions de tonne/an), les boues de curage des égouts (20.000 t/an) et les saletés sortant des hôpitaux. Au total Paris doit évacuer, bon an mal an, 6,8 millions de tonnes de déchets de toute nature, soit l'équivalent de 340.000 camions de 20 t ! Voilà un revers de la médaille qu'on n'a guère coutume d'évoquer parmi les " exploits" de la capitale.

Les voisins ont bon dos

Le PDEDM ne dit pas ce que deviennent ces montagnes de résidus. Apparemment on n'en sait trop rien. Dans le monde douteux du déchet c'est le système D et le " chacun pour soi" qui semblent de mise.

Collectées, pesées, traitées ce sont les ordures ménagères qui sont finalement les mieux connues. Dans la confusion des tableaux statistiques du PDEDM on croit distinguer ceci : en 1998 les trois-quarts de ces résidus finissaient dans les fours des usines d'incinération et fournissaient du chauffage urbain et de l'électricité. Un peu plus de 20% étaient mis en décharge, comme dans le bon vieux temps, et seulement 4% étaient recyclés (moins de 50.000 t !).

Les perspectives dessinées par le Plan pour 2005 sont les suivantes : les quantités incinérées vont légèrement augmenter, la mise en décharge s'effondrer à 6%. En revanche on devrait recycler 22% de ce qui passe dans les poubelles. Soit plus de 260.000 tonnes. Voilà le vrai changement. La capitale entre enfin, avec grand retard, dans l'ère du recyclage des matières secondaires.

Pour atteindre ce résultat le PDEDM table sur le ramassage de déchets déjà triés par les Parisiennes dans leur cuisine, puis le contrôle de ce tri dit sélectif dans quatre centres (1,5 hectares chacun) qu'il faut dénicher dans Paris même. La seule évocation de cette pénible obligation fait déjà hurler les riverains potentiels de ces installations. Les plaisirs de l'hyper consommation se paient la seule élimination des reliquats domestiques coûte aux contribuables parisiens 2,3 milliards de francs par an !

Ce n'est pas fini. Ce qui doit se transformer en vapeur d'eau (elle-même fournissant du chauffage urbain ou de l'électricité) nécessitera la construction ou la reconstruction de deux usines d'incinération. Celle d'Ivry est condamnée à terme, celle d'Issy-les-Moulineaux sera reconstruite "in situ" et Saint-Ouen continuera son travail. Enfin, pour recevoir les résidus ultimes il faudra trouver, en petite ou en grande couronne, de nouveau sites. Tous les centres d'enfouissement actuels sont saturés.

Comment s'en débarrasser ? Telle est désormais l'obsession des responsables municipaux. Il y va du bon fonctionnement urbain car, sans la solidarité des départements de banlieue, notre prestigieuse capitale étoufferait vite sous ses propres détritus.

Marc-Ambroise-Rendu

" Plan départemental d'élimination des déchets ménagers et assimilés de Paris ", Préfecture de Paris, 17 Bd Morland, 75915, Paris cedex 04, Tel 01 49 28 40 00, 44p.

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