Monsieur le Président,


En plus de la commune d’Avernes, notre association a des adhérents à Cléry, Guiry et Théméricourt. Nous avons donc toutes les raisons de nous sentir concernés par l’enquête publique sur la mise en sécurité de la nationale 14. Celle-ci ayant pour but de recueillir l’avis des citoyens, nous avons voulu remplir notre rôle avec sérieux. Une fois franchi l’obstacle de la compréhension du langage dont les services techniques ont le secret et de la présentation parfois peu claire, nous avons soulevé de nombreux motifs d’inquiétude quant à la qualité de l’étude qui nous est proposée. Certaines de ces observations figurent dans le registre de l’enquête publique, mais nous avons jugé utile de vous saisir directement concernant quelques défauts importants de l’étude d’impact.
Nos trois objections sont liées entre elles et ont comme point commun de départ l’assimilation de la nationale sécurisée (passage à deux fois deux voies) à une route rapide. Les conséquences du passage de la limite de vitesse à 110 km/h sont pourtant considérables.


1) La nouvelle voie rapide correspondrait au prolongement de fait de l’A15 jusqu’à Magny, entraînant ainsi un possible changement de fonction de l’axe routier au sens des annexes de la circulaire 97–110. Les prévisions de trafic pour les années à venir, fournies dans l’étude d’impact, apparaissent alors comme arbitraires et ne reposent sur aucune donnée objective. D’ailleurs l’évolution des dernières années, en particulier du nombre de poids lourds, ne corrobore pas ces hypothèses.
2) La qualité de la prévision du trafic à terme est primordiale pour le calcul des nuisances sonores, plus particulièrement pour le Bord’Haut de Vigny. Notons aussi que l’étude d’impact se limite à l’horizon 2015, alors que la même circulaire 97–110 oblige de faire des projections sur 20 ans. Avec de telles incertitudes portant sur l’augmentation possible de la circulation, l’étude d’impact sur les pollutions (application de l’article 19 de la loi Lepage de 1996 sur l’air…) ne peut être qualifiée que de dérisoire. La question est traitée en quelques lignes de généralités, applicables à toute situation, pour in fine considérer que les retombées seront insignifiantes car nous nous trouvons en milieu ouvert. Pourtant, la circulaire du 17 février 1998 stipule clairement un certain nombre d’obligations : effets du projet sur la santé, mesures à prendre pour les limiter, coûts collectifs des pollutions et nuisances, consommation énergétique pour ne prendre que quelques exemples.
3) La nationale 14 sous sa forme actuelle est un élément structurant du territoire, mais est aussi particulièrement dangereuse. La nécessité de sa mise en sécurité ne peut être contestée. Cependant, le traitement du problème par la création d’une voie rapide introduit un axe routier “ destructurant” pour le territoire, une barrière infranchissable qui scinde le Vexin en deux. La coupure du hameau du Thillay, à Cléry et l’isolement de Guiry-en-Vexin, qui se voit refuser un accès directe au motif que sur une voie rapide on ne crée pas d’échangeurs tous les quelques centaines de mètres, en sont de bonnes exemples. Qui soutiendrait qu’une telle coupure n’entraînerait pas des conséquences graves sur l’économie des villages. Nous réitérons ici que le Vexin français est un territoire rural qui vit et respire grâce à son réseau de routes et de chemins. Alors, sécuriser la nationale 14, oui, mais pas au détriment des villages voisins.


En conclusion nous insistons sur :
- la mauvaise application de la loi de 1996 sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie,
- le respect plus que partiel des prescriptions de la circulaire 97–110 sur la lutte contre le bruit et plus particulièrement le non respect des “conditions de mesurage du bruit dû au trafic routier” selon la norme NFS 31-085 pour le cas du Bord’Haut de Vigny,
- les contradictions évidentes du projet avec la charte de qualité des infrastructures de transport, adoptée par la Région Ile-de-France, dont les orientations doivent être respectés par tous les aménagements d’axes routiers.
Lors de sa réunion plénière du 24 mars dernier, le comité syndical du Parc naturel du Vexin français a voté à l’unanimité un avis concernant la mise en sécurité de la N14 auquel nous souscrivons pleinement. Il n’en a pas été tenu compte dans le projet. Nous remarquons également que lors de la récente session de la Commission départementale des sites, les services de l’état ont aussi émis des réserves (voir par exemple les observations de la DIREN) et que les associations agréées se sont étonnées du manque de concertation préalable. La décision de la commission des sites a été reportée en septembre, en demandant que la copie soit revue.
Considérant que la mise en sécurité de la N14 est de première importance, mais que le dossier actuel est incomplet, voire sur certains points fragile, nous vous demandons de bien vouloir tenir compte de nos réserves les plus fermes dans votre rapport.


Au nom du conseil d’administration de l’association
Le Président Yorghos Remvikos

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