La ligne Pontoise-Londres oppose riverains et chefs d'entreprise
TOUJOURS PAS D'AVIONS à l'horizon dans le ciel de Cormeilles-en-Vexin.
Mais sur la terre ferme,
on continue de s'agiter aux abords de l'aérodrome. A quelques jours de
la mise en service de la
nouvelle ligne commerciale entre Pontoise et Londres affrétée
par la compagnie britannique Air
Platinium Charter Executive, annoncée le 5 mai, mais reportée
tous les mois depuis mi-juillet, la
tension est loin d'avoir baissé. En tête de la contestation, la
Dirap (l'association de Défense des
intérêts des riverains de l'aérodrome) qui, depuis l'annonce
du projet en mai dernier, n'a cessé de
dénoncer à coups de lettres, de pétitions, de manifestations
et de réunions en préfecture, les
risques d'extension de l'activité commerciale sur l'aérodrome.
En dépit de toutes les assurances
formulées par les Aéroports de Paris (ADP) et de toutes les précautions
prises pour les rassurer par
la préfecture, la Dirap, qui compte actuellement plus de trois cents
familles adhérentes, reste
sceptique sur l'avenir de la plate-forme. Et l'arrivée effective de la
compagnie londonienne Platinium
Air Charter Executive qui entend relier la France et l'Angleterre tous les jours,
à l'exception du
week-end, avec un avion de sept tonnes, n'est pas fait pour les rassurer.
Les premiers avions arrivent la semaine prochaine
Pour preuve, elle vient de créer jeudi dernier un collectif réunissant
quatorze associations de
protection de l'environnement. Baptisé Canac (Collectif des associations
contre les nuisances de
l'aérodrome de Cormeilles-en-Vexin), il réunit des entités
aussi diverses que les Amis du Vexin,
Défense et avenir d'Auvers-sur-Oise, Avernes environnement ou encore
AOVN (Osnyssois du
versant nord). « Si les promesses d'ADP de ne pas développer de
nouvelles lignes ne devaient pas
être tenues et que l'on doive continuer à vivre avec la menace
de voir décoller des jets et des
turboréacteurs toutes les cinq minutes, alors il nous faudra être
unis pour partir en croisade afin de
réclamer la fermeture pure et simple de cette plate-forme », prévient
Alain Lebrun, président de la
Dirap et désormais du collectif Canac. Face à ces combattants
des nuisances aériennes persuadés
« que l'aérodrome n'a aucun avenir économique » se
trouvent pourtant de fervents défenseurs.
Plus discrets que les associations, ils commencent peu à peu à
sortir du silence à l'image de la
chambre de commerce et d'industrie de Versailles-Val-d'Oise-Yvelines dont le
président
Jean-François Bernardin a été le premier à évoquer
courant septembre « l'atout de ces
infrastructures sur l'image et la vie économique de la région
». Autre réaction plus vive, celle que l'on
peut lire dans « Contact Entreprises », tribune des responsables
d'entreprise du centre et de l'ouest
du Val-d'Oise. Dans un dossier, dont le titre « Pontoise-Londres, la bataille
est engagée » en dit
long, le magazine qualifie le battage des associations d'« une tempête
dans un verre d'eau » et
incite même ironiquement les opposants à « aller trouver
le calme dans le Larzac ou l'Auvergne ». «
Pour Cergy-Pontoise, qui compte 3 500 entreprises et 180 000 habitants, une
aviation d'affaire est
un atout considérable qu'il ne faut pas négliger. Il faut arrêter
dans la démesure. Les entreprises
sont nombreuses à souhaiter le développement de la plate-forme
», peste Marie-France Paviot,
l'auteur du coup de grogne et qui anime par ailleurs le club « Action
Cergy-Pontoise entreprise ».
Dans ce contexte, l'arrivée des premiers avions la semaine prochaine
risque bien de faire émerger
toutes sortes de réactions. Les élus, qui ont jusqu'alors tenté
de ménager les susceptibilités quand
ils n'ont pas préféré se taire, devraient aussi se positionner
plus fermement. Le comité de suivi de la
charte de qualité, mis en place mi-septembre par le préfet du
Val-d'Oise Michel Mathieu, doit pour sa
part se réunir le 14 novembre prochain. CORMEILLES-EN-VEXIN, LE 15 SEPTEMBRE.
Un millier
d'habitants et d'élus avaient manifesté pour la défense
de l'environnement et contre la reprise des
activités de l'aérodrome. Mais de nouvelles voix s'élèvent
aujourd'hui pour soutenir la nouvelle ligne
Pontoise-Londres.
Juliette Corda
Le Parisien, samedi 03 novembre 2001