MEMOIRE D'UN VILLAGE - UN TRAIN et des HOMMES (extraits du bulletin du Foyer
Rural de Vigny de 1991)
Textes et documents de Jean Ferlier
Quoi de plus agréable que de faire revivre par des témoignages, bien heureusement encore présents, la mémoire d'un village.
Quoi de plus agréable que cette recherche des racines où tout être s'est un jour où l'autre fixé pour attester tel un arbre par sa présence et nous transmettre cet héritage chargé de tradition malheureusement de plus en plus "oublié" par des hommes qui construisent des villes an oubliant d'établir des "PONTS".
C'est ainsi que les privilégiés que nous sommes doivent un jour se poser la question de savoir: qui nous sommes, d'où venons-nous et où allons-nous.. vaste question...
C'est ainsi que, flâner dans la région en suivant le tracé du "TACOT" car c'est ainsi qu'il était communément appelé, l'on peut voir encore les anciennes gares telles que celles de : CHARDRONVILLE, LONGUESSE, THEMERICOURT, AVERNES et VIGNY
D'autres
ont été détruites à la libération par les
bombardements comme celle de CONDECOURT.
On trouve encore le long de ces chemins des "TIRE FOND" qui servaient à fixer les rails sur les traverses.
Mais peu à
peu le tracé de la ligne se perd. Si l'on regarde de près les
cartes d'état major de l'I.G.N. Entre les
relevés de 1968 et de198O, la mémoire topographique disparaît.
Mais, nous avons la chance de pouvoir faire parler plusieurs témoins
par ce qu'ils nous racontent, Mot par Mot.
Tout d'abord Madame SARGERET dernière Chef de Gare de VIGNY qui y habite encore.
je suis arrivée à la gare de VIGNY en Novembre 1945, six mois après la ligne était fermée et pendant ce temps il n'y avait plus que le trafic de marchandises.
Mon principal travail était de distribuer des cartes à la semaine pour les personnes qui allaient travailler sur MEULÀN et qui avaient besoin de tickets de car
Madame
SARGERET nous dit encore que quand elle a vu qu'ils enlevaient les rails cela
lui fit mal au cur
C'était l'exode, j'étais dans la gare avec les enfants car mon mari était mobilisé, les Allemands sont arrivés venant d'Enfer. Ils ont tout de suite occupé la gare endroit stratégique surtout pour le téléphone. Un des soldats s'est approché de moi et il m'a dit "nous pas faire de mal au petit - moi aussi petit là-bas" puis il nous a donné du chocolat, ils nous ont demandé en suite de quitter la gare, en partant j'ai dit aux gosses de ne pas toucher au chocolat.
Ala libération, quand les Américains sont arrivés à Théméricourt venant d'Enfer, j'étais dans la gare, ils sont arrivés devant la gare, ils ont inspecté en silence les alentours et les moindres recoins, puis ils sont rentrés dans la gare et sans un mot ils nous ont donné du pain, des biscuits, du chewing-gum et du chocolat, toujours en silence ils sont repartis et je n'ai pas osé manger le chocolat.
Mme RACKELBOOM Chef de gare de Théméricourt
Dans les montées il y avait des voyageurs qui mettaient des collets et qui les récupéraient le lendemain
M. BEHOT Condécourt
Nous prenons le train à 6 heures pour St. Germain avec changement à Sagy. Quand l'hiver était rude et que la neige obstruait la voie, il y avait des pelles dans les wagons alors les hommes descendaient et balayaient la voie.
M. et Mme VASSEUR - Théméricourt
Quand on préparait nos séances on allait chercher nos costumes à Paris, alors on prenait le tacot le matin de bonne heure, on s'amusait follement parce que les enfants n'étaient jamais sortis. Les "gosses" dans le train apostrophaient les gens ce n'était pas toujours bien compris. C'est moi qui "Prenait" bien sûr.
L'abbé CAZES

Le 8 Juin 1940 à 6 heures du matin, je prends le tacot pour Chateaudun car j'étais mobilisé. Je n'obtins mon billet de retour qu'en Février 1941. L'autre fait concernant le tacot c'est l'accident qui se produit entre la gare de Courdimanche et de Gency suite à un déraillement qui fit un mort, Monsieur MAZOUR, et un blessé grave.
Un ancien commerçant
Mon premier voyage dans le tacot je l'ai fait quand j'avais 10 ans c'était
une récompense, un voyage à Pontoise. Tout le monde se rendait
le Lundi au marché de Meulan - Il était bondé, les gens
ramenaient n'importe quoi, il y avait une troupe terrible, quand je me trouvais
coincé à côté d'une oie dont le cou dépassait
d'un grand panier, je hurlais de peur.
Il ralentissait énormément dans les montées, quelque fois
il stoppait, le conducteur de la machine venait crier ''descendez tous'' Alors
on faisait une partie de la côte à pied puis on remontait, alors
il reprenait son souffle et il repartait.
Une commerçante.
Propos recueillis par J. FERLIER