CLIMAT, VIGNE ET AGRICULTURE

Vigny au coeur du Vexin couvre une superficie de 567 hectares. Le village s'étage d'une hauteur de 57 mètres à la limite de Longuesse à 63 mètres à la rue Mahé et 134 mètres l'entrée du Bord'Haut. Le village est protégé du vent du nord et toutes les pentes qui le dominent sont exposées au sud-ouest. En hiver sur le plateau, au niveau du Bord'Haut, les températures sont plus basses. Le climat est du type parisien, tempéré maritime avec des pluies abondantes surtout en automne et en hiver, mais le climat est nettement plus rude qu'à Paris ; il fait aussi moins chaud en été. Mais la particularité du canton de Vigny ce sont ses ciels changeants et surtout sa luminosité. Il faut voir se succéder des ciels bas chargés de gros nuages sombres qui se jouent des vallonnements et des ciels complètement libérés qui procurent une belle lumière. Les impressionnistes, sans moyen de transport pratique jusqu'à l'arrivée du chemin de fer et qui étaient obligés de faire leur mélange de couleurs, ont complètement ignoré le canton. Ils auraient sûrement aimé les subtils changements de couleur au fur et à mesure que s'écoulent les heures et les saisons. Mais il y a aussi le vent, assez violent, qui vient buter sur les points hauts du Vexin. Les jours de neige, le vent provoque des formations de congères la neige s'accumulant sur le plateau et dans les côtes. Si on remonte dans le temps, avant la création des stations météorologiques, l'événement qui laissa des traces dans le Vexin est l'orage de grêle qui a eu lieu 13 juillet 1788. Cet orage paracheva le désastre des grains dans la région car l'hiver 1787-1788 fut très doux et les mois de mai, juin, juillet furent largement au-dessus de la normale. Il régna alors une chaleur aride qui provoqua le phénomène de l'échaulage qui grilla l'épi de blé et le tua. Tous ces phénomènes furent suivis d'un hiver 1789 très rigoureux qui provoqua la famine et les événements que l'on sait. Un siècle plus tard pendant l'hiver 1879-1880, la température, phénomène unique dans ce 19ème siècle, était descendue à moins 30 degrés à Guiry-en-Vexin alors qu'à Paris-Montsouris elle était de moins 23,9. Au printemps on a aussi souvent constaté qu'il ne gelait pas sur le plateau alors qu'il gelait dans la vallée. C'est pourquoi on ne plantait pas de vignes dans les fonds des vallées mais sur les coteaux sur des sols du Lutétien ; depuis très longtemps les vignerons connaissaient sans le savoir la loi de Lambert. En automne et en hiver par temps calme l'air froid s'accumule dans la vallée, il ait alors plus froid que sur le plateau. Le site de Vigny comme à la montagne est sujet au phénomène d'inversion de température. Mais quand le vent du nord souffle la différence de température entre Vigny village et le Bord'Haut devient importante.   Tableau indicatif des records de température dans le Val-d'Oise depuis 1947 Gonesse 37,80 C 01.07.1952 Station crée en 1949 Roissy 37,70 C 04.08.1990 Station crée en 1974 Cormeilles-en-Vexin 36,70 C 01.07.1952 Station crée en 1947 Record à Paris-Montsouris 40° C le 28.07.1947 Gonesse -18,20 C 17.01.1985 Roissy -17,80 C 17.01.1985 Cormeilles-en-Vexin -17,80 C 17.01.1985 Record à Paris-Montsouris -14,70 C le 02.02.1956 Plus près de nous en 1917 à Longuesse, à la suite d'une tornade, le clocher de l'église s'est envolé en pleine nuit. Les hivers pendant l'occupation furent très durs surtout en 1940-1941, on ne pouvait pas aller en plaine avec les chevaux. En 1942, les villageois étaient réquisitionnés par les Allemands pour déblayer la RN 14 afin de faire passer les convois, les poteaux télégraphiques étaient givrés et cachés par la neige. Beaucoup de neige aussi pendant l'hiver 1944-1945 environ 30 centimètres. Ensuite, fait mémorable dans le Vexin le 11 et 12 janvier 1966, une centaine de véhicules resteront bloqués sur la RN 14 entre la Villeneuve-Saint-Martin et le Bord'Haut de Vigny. Un vent glacial avait provoqué, par endroits, la formation de congères de près de un mètre de haut. Certains voyageurs passeront la nuit dans leur véhicule, une vingtaine trouveront refuge à la mairie de Vigny rouverte pour la circonstance. C'est seulement dans l'après-midi, grâce à l'intervention de l'armée un régiment du Tchad et surtout un bulldozer venant de Magny, que la route fut dégagée sur une seule file. Le Vexin fut isolé coincé sous une couche de neige pendant quatre jours, on parla ainsi de Vigny à la radio et à la télévision. En janvier 1982, Vigny fut plongé dans le noir pendant 15 jours à cause de la rupture des câbles électriques qui givrés, céderont sous le poids de la glace. Ce fut alors la chasse aux groupes électrogènes. Puis, survint la vague de froid de janvier 1985 qui a battu tous les records de froid dans le Val-d'Oise. La température était descendue à moins -17° C à Vigny-village et à moins 20° C au Bord'Haut. Ce fut alors une longue cohorte de camions en panne sur la RN 14. Mais le mois de février 1986 fut pire. Il gela tout le mois et la moyenne des mini et des maxi à Vigny était négative moins 1,30 C. Depuis la création de la station météorologique de Condécourt, en novembre 1990, il semblerait que ce village ait le privilège avec Bray-et-Lu d'être l'un des plus froids du Val-d'Oise. La différence constatée avec Vigny est très nette. Actuellement, nous subissons une sécheresse plus dure que celle de 1976, le couple juillet-août 1990 fut le plus sec depuis 1921. L'année 1990 fut plus chaude que 1976. Mais le plus inquiétant c'est le déficit chronique en eau, la nappe phréatique étant au plus bas. L'année dernière l'Aubette avait le débit le plus faible depuis 50 ans au niveau de Sagy. Depuis, l'automne 1992 a été excédentaire au niveau de la pluviométrie. Mais le canton de Vigny est une région très favorable à l'agriculture. Il y a même un endroit près de la chaussée Brunehaut, sur le plateau, une terre recouverte d'une épaisse couche de limon qui s'appelle la Beauce. La région était réputée pour ses vignobles. Le nom même de Vigny par ses anciens noms Vignei, Vinnetou du latin Vinius ou Vignetum qui signifie lieu planté de vignes. Mais la vigne a disparu en grande partie de la région en 1876, pour l'anecdote c'est l'hiver 1784 qui eut raison du vignoble de Santeuil. C'est sous la seconde moitié du 4e siècle, sous le règne de l'empereur Julien, que fut introduit la vigne en Gaulle. Au moyen âge on produisait, en région parisienne, un excellent vin blanc plus facile à obtenir sous nos latitudes septentrionales. Il y avait à ce moment trente mille hectares de vignes de plantés. Jusqu'à la révolution, le vin de la région parisienne était appelé vin français. Au 15ème siècle, le château de Villette à Çondécourt avait son pressoir et son fouloir qui servaient pour toute la région environnante. Un pressoir à raisin de cette importance, il n'y en avait que trois en France. A l'époque, la colline de Condécourt était plantée pour les deux tiers en Vignes. Le vin de Sagy était réputé, il formait une part de la cave célèbre de Jean Dyel, ambassadeur de Venise en bel hôtel place des Vosges. A partir du 17ème siècle les goûts changèrent et on ne produisait que du vin rouge. On buvait surtout le vin nouveau car il ne se conservait pas et tournait au vinaigre. Il titrait neuf à dix degrés, c'est un vin que l'on consommait sur place ou en île-de-France. Le vignoble fut important à Vernon, le vin de Mantes était réputé pour supporter le mieux le transport maritime, même Beauvais fournissait un vignoble qui subsistera jusqu'en 1900. Partout était le vignoble : Argenteuil, l'Hautil, Chanteloup, Grisy, Cergy (le fameux Ginglet). Voici la réplique du vin de Meulan au vin d'Argenteuil: Sans Dieu, dit le vin de Meulan Argenteuil, je suis fort dolent Que tes compagnons tu méprises Les vignerons d'Argenteuil introduisirent le cépage Gamay qui fournira un vin de médiocre qualité et plus abondant, les rendements atteignirent des chiffres effarants :160 hectolitres/hectare grâce à l'utilisation de gadoues. En 1810, l'ancienne Seine-et-Qise produisait son chiffre record 792 719 hectolitres. Le département se plaçait en treizième rang en France pour une production totale de 34 millions d'hectolitres. A la fin du 19ème siècle, les ravages du phylloxéra, les bonnes routes, les chemins de fer rapides porteront un coup fatal aux vignerons de l'île-de-France. Une bonne récolte de temps en temps, le climat incertain, les étés froids et humides empêchant la bonne maturation du raisin. Toutes ces causes donneront l'avantage aux vins du midi. A Vigny, le vignoble s'appelait vin de Vigny. On le cultiva sur quelques petites parcelles jusque dans les années cinquante. il s'étendait des caves Delescluse à l'ancienne gendarmerie en passant par chez l'ancienne propriété Tastevin et sur les coteaux. Il était très morcelé. L'abbé Cazes à cette époque participa aux dernières vendanges. Il y avait aussi des vignes dans les crons. Sur les cartes d'état major on trouve toujours les lieux dits bois des vignes et val des vignes. Sur les coteaux de Longuesse et du Grand-Mesnil il reste encore quelques pieds de vigne sauvage. Chez monsieur Martin, il resta très longtemps un vieux pied de vigne très ancien de couleur claire. Le jardin du père Roussel fournissait un vin titrant 7 à 8 degrés. Sur la côte à l'endroit de Kriss Machine, l'ancien maire Monsieur Chalumel possédait après la guerre un terrain planté en pieds de vigne, c'était peut être le cru première côte de Bord'Haut. Maintenant c'est à Sagy qu'on replante des pieds de vigne. Les premières vendanges eurent lieu le 13 et 14 octobre 1991. Peu de résultats pour le premier propriétaire du "Clos de Saillancourt" le gel était passé par là. Le deuxième fut plus chanceux, son vignoble étant protégé par le mur du cimetière. Le raisin ne fut détruit qu' à 60% ce qui laissa une production de 35 litres pour ce vin qui se dénommait "Clos Saint Sulpice". Texte : Jean Ferlier 1993 - photo Romy Silberman (Vagabondages poétiques, 2001)

Retour