Les jardiniers du dimanche sont des petits pollueurs qui s'ignorent (article paru dans le Monde du 5 Mars 2002)

Ils sont aux petits soins pour leur lopin de terre, les jardiniers du dimanche. Ils bichonnent leurs arbustes, surveillent de près leurs plates-bandes, entretiennent leur gazon avec amour. Treize millions de Français s'adonnent à ce loisir en apparence innocent. Sans se douter que les amateurs de la nature utilisent 8 000 tonnes de pesticides chaque année, soit 7% des produits phytosanitaires vendus en France. c'est dérisoire comparé à la consommation des 600 000 agriculteurs. Mais suffisant pour que le ministère de l'agriculture mette en garde ces petits pollueurs qui s'ignorent.

Mal informés, ils utilisent un produit pour un autre, traitent les plantes même pour éradiquer quelques pucerons, forcent trop souvent la dose, abusent des herbicides, indisciplinés, ils rincent leurs ustensiles dans les WC, dans l'évier, dans les égouts ou dans le ruisseau qui coule au fond du jardin, insouciants, ils oublient parfois d'éloigner les enfants, quand les pulvérisateurs sont en action, ou n'attendent pas pour récolter les légumes ou les fruits traités. "Même si les volumes sont faibles, une mauvaise utilisation peut conduire à une pollution", a expliqué Catherine Gestain-Lanéelle, directrice générale de l'alimentation, lors du lancement d'une campagne d'information au salon de l'agriculture. Sans oublier, les risques pour la santé.

Leçon numéro 1 : faire le bon choix. Seuls les produits portant la mention "emploi autorisé dans les jardins", créée en 1996, doivent être employés. Leçon numéro 2 : lire le mode d'emploi et respecter quelques principes de base, comme tenir les bidons hors de la portée des enfants. Leçon numéro 3 : se convertir sur le modèle d'une partie de l'agriculture, au jardinage durable. Le ministère propose, sous la forme d'un calendrier qui sera distribué dans les écoles, les mairies et chez les médecins, un petit guide des pratiques raisonnées, dont la mascotte est un personnage aux airs de Peter Pan prénommé Utin. Comme les agriculteurs, les jardiniers amateurs sont invités à préférer le désherbage mécanique aux produits chimiques. Bref, à utiliser leur binette plutôt que le désherbant. "Les herbicides sont les principaux polluants des eaux superficielles et profondes", rapelle le ministère. Autres recommandations : porter des lunettes et des gants lors des traitements ; rapporter les bidons presques vides au magasin ; ne pas traiter près des cours d'eau ou des mars ; ni quand il pleut ou en plein soleil ; ne pas traiter pendant la floraison pour protéger les abeilles ; arroser sns excès…

Les jardiniers seront-ils plus faciles à convaincre que les agriculteurs ? L'Union des Entreprises pour la Protection des Jardins (UPJ), qui rassemble les fabriquants de ces produits, affirme avoir beaucoup de difficultés à intéresser les distributeurs à ces messages. Le jardinier amateur serait responsable au plus de 10% de la pollution des eaux, selon l'UPJ. Donc très loin derrière les agriculteurs qui ne souhaitent pas toujours, pour des raisons économiques, renoncer à des rendements élevés. Alors, les jardiniers accepteront-ils d'avoir des rosiers malades par respect pour l'environnement ?