L'OPINION DES FRANÇAIS SUR L'UTILISATION DES PESTICIDES EN
AGRICULTURE

- Les principaux résultats -
L'agriculture intensive est l'objet d'une assez large remise en cause depuis l'affaire de la
vache folle, mais aussi à cause des pollutions diverses que certaines pratiques peuvent
entraîner. Dans ce contexte, l'utilisation de produits comme les phytosanitaires ou les
engrais est parfois incriminée au nom d'une meilleure intégration de l'agriculture dans son
environnement. L'UIPP a donc cherché à connaître la perception du citoyen-consommateur
face à l'utilisation de ces produits, leur impact sur l'homme et l'environnement, et la
crédibilité d'un modèle agricole centré sur une plus grande modération dans l'utilisation des
phytosanitaires.
La SOFRES a réalisé une enquête d'opinion sous la forme d'un sondage, réalisé les 15 et 16
juin 2001 auprès d'un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et
plus.

1. LES FRANÇAIS SE MONTRENT CONSCIENTS DES CONTRAINTES D'UNE PRODUCTION
AGRICOLE QUI A VOCATION A S'EXPORTER
L'opinion du public sur les produits phytosanitaires, comme dans bien d'autres domaines liés
à l'alimentation, est inséparable de la manière dont les Français perçoivent les conditions de
production de leur agriculture. Or, ce sondage le montre, l'attitude des Français face au
productivisme agricole est beaucoup plus ambiguë qu'il n'y paraît. Ils considèrent ainsi pour acquis que le développement de l'agriculture depuis la fin
de la guerre a permis à la fois l'augmentation des quantités produites (71% le
pensent), mais aussi la diversité des produits (78%). En revanche, les évolutions
paraissent plus négatives dans le domaine de la sécurité alimentaire (36%
seulement pensent qu'elle s'est améliorée contre 53% dégradée), de la qualité (34%
contre 58%) et, surtout, du goût des produits (24% contre 61%). Point de
catastrophisme pourtant en matière de sécurité et de qualité puisque ceux qui
estiment que les choses se sont améliorées ou, au minimum, n'ont pas évolué,
représentent ensemble tout de même 45% et 41% des interviewés. Par ailleurs, la vocation exportatrice de l'agriculture française, et donc sa capacité à
produire " en quantité nécessaire ", n'est absolument pas remise en cause par près
des trois quarts des Français (72%), tandis que 27% expriment leur préférence pour
une agriculture uniquement tournée vers le marché intérieur.Cette préférence des Français pour une agriculture qui répond aux ambitions commerciales du
pays, et qui est donc capable de produire en quantité suffisante - sans que l'on doive pour
autant sacrifier la qualité, la sécurité ou le goût - implique une assez bonne compréhension de
la nécessité d'utiliser des produits chimiques. Pour les deux tiers environ des interviewés, il
paraît acquis qu'on ne pourrait produire autant qu'aujourd'hui sans utiliser aucun pesticide
(65%) ou aucun engrais (70%). Ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils les considèrent
comme des produits anodins et utilisés à bon escient.

2. L'IMPACT DES PESTICIDES SUR LA SANTE DES CONSOMMATEURS PARAIT PLUS
DISCUTABLE QUE LEURS EFFETS SUR L'ENVIRONNEMENT
Les produits phytosanitaires sont des produits assez bien connus du grand public puisque
50% des interviewés définissent le terme " pesticides " en y classant correctement les
produits concernés par cette appellation (insecticides, fongicides, herbicides) et en les
confondant très peu avec les engrais (8%). 35% tout de même ne savent pas de quoi on
parle.
Ce ne sont pas des produits anodins : 75% des interviewés savent ou supposent que les
fabricants doivent demander une autorisation de mise sur le marché. On est donc globalement
dans un champ de perception qui est celui des produits potentiellement dangereux.
Néanmoins, les effets liés à l'utilisation de ces produits sont assez bien différenciés. Pour
résumer, c'est sur l'eau potable et les sols que les Français sont les plus persuadés d'un
danger " très important " des pesticides (respectivement 58% et 43%), tandis que l'air
(36%), les animaux (31%) et les consommateurs (23%) semblent moins nettement exposés.
Dans ce dernier cas, le résultat frappe par sa modestie et ne dénote apparemment aucune
psychose. Les phytosanitaires inquiètent essentiellement par leur caractère " chimique " qui
induit des effets directs sur l'environnement plus évidents que des effets secondaires sur le
vivant.
Dans ce domaine des conséquences pour l'environnement et pour l'homme, une légère
majorité des interviewés considère que les pesticides sont dangereux par principe, quelles
que soient les doses d'utilisation (52%), mais une part assez importante (46%) estime au
contraire que cette dangerosité dépend en réalité des doses d'utilisation. C'est un des
éléments importants de cette enquête de montrer que les Français évaluent la dangerosité
des pesticides, même dans le domaine alimentaire, en fonction de leur type d'utilisation au
moment de la production agricole. Ce qui ramène de nouveau notre sujet aux conditions de
production.

3. LA PERSPECTIVE D'UNE AGRICULTURE RAISONNEE APPARAIT COMME UNE ALTERNATIVE
CREDIBLE AU " TOUT BIOLOGIQUE "
C'est un fait acquis : pour la très grande majorité des consommateurs, les agriculteurs
utilisent trop de pesticides : 65% le pensent contre 30% qui pensent qu'ils en mettent
comme il faut, 55% des professions liées à l'agriculture avouant elles-mêmes ces excès.
Face à ce phénomène, les responsabilités attribuées sont assez partagées, même si les
supermarchés, l'État et les fabricants sont les plus cités, les agriculteurs eux-mêmes ne
venant qu'en quatrième position. C'est donc l'ensemble d'un système qui pousse à une
utilisation déraisonnable des produits phytosanitaires, système dont la puissance publique
n'est d'ailleurs pas exclue.
Dans ces conditions, l'alternative biologique bénéficie d'un accueil favorable, mais à un
niveau qui ne traduit pas une adhésion très forte. Entre " augmenter de façon très importante
la part de l'agriculture biologique, même si les coûts de production sont plus élevés " et "
continuer à traiter les cultures mais avec des quantités de pesticides moins importantes ",
l'opinion publique penche légèrement pour la première solution (52%) mais elle juge
également crédible la perspective d'une utilisation raisonnable des phytosanitaires (47%).
L'opinion est au fond partagée en deux camps assez équivalents. C'est sans doute ici le
résultat le plus inattendu de ce sondage, compte tenu de la sympathie suscitée par
l'agriculture biologique chez les consommateurs. Mais il est très révélateur du regard assez
nuancé porté sur l'agriculture contemporaine, ses contraintes économiques en particulier, et
aussi des faiblesses d'image du " bio ", en particulier son coût.

4. LE DOUTE RESTE TRES ELEVE FACE A L'INNOCUITE SUPPOSEE DES RESIDUS DE PESTICIDES
A FAIBLE DOSE
Lorsqu'on considère maintenant l'aval de l'agriculture, le produit, et non plus les conditions de
production et ses effets, on constate que la présence de résidus de pesticides - qui ne fait
aucun doute pour neuf Français sur dix - suscite une interrogation plus inquiète. D'abord
parce que la quantité même de ces résidus ne paraît pas anodine : 60% pensent qu'ils sont
en quantité susceptible d'être nuisible pour la santé, contre 37% qui estiment que les
quantités sont trop faibles pour avoir un quelconque impact. En filigrane, se profile l'idée que
par nature, un résidu ne peut pas ne pas avoir un impact sur la santé.
Ensuite, parce que cet a priori semble sourd à l'argumentation scientifique, fut-ce-t-elle
indépendante. A la question " Si des scientifiques indépendants vous disent qu'en dessous
d'une certaine dose, des résidus de pesticides dans les aliments n'ont aucune incidence sur
la santé, avez-vous tendance à les croire ou à ne pas les croire ? ", 57% répondent qu'ils ne
les croient pas (contre 41% qui les croient).Les promoteurs des produits phytosanitaires sont donc moins confrontés aujourd'hui à une
méconnaissance du public des conditions de production ou à la concurrence d'un modèle
agricole alternatif crédible, qu'à la difficulté à faire admettre la bonne foi des arguments
scientifiques en faveur de l'innocuité des résidus.

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