1.
LES FRANÇAIS SE MONTRENT CONSCIENTS DES CONTRAINTES D'UNE PRODUCTION
AGRICOLE QUI A VOCATION A S'EXPORTER
L'opinion du public sur les produits phytosanitaires, comme dans bien d'autres
domaines liés
à l'alimentation, est inséparable de la manière dont les
Français perçoivent les conditions de
production de leur agriculture. Or, ce sondage le montre, l'attitude des Français
face au
productivisme agricole est beaucoup plus ambiguë qu'il n'y paraît.
Ils considèrent ainsi pour acquis que le développement de l'agriculture
depuis la fin
de la guerre a permis à la fois l'augmentation des quantités produites
(71% le
pensent), mais aussi la diversité des produits (78%). En revanche, les
évolutions
paraissent plus négatives dans le domaine de la sécurité
alimentaire (36%
seulement pensent qu'elle s'est améliorée contre 53% dégradée),
de la qualité (34%
contre 58%) et, surtout, du goût des produits (24% contre 61%). Point
de
catastrophisme pourtant en matière de sécurité et de qualité
puisque ceux qui
estiment que les choses se sont améliorées ou, au minimum, n'ont
pas évolué,
représentent ensemble tout de même 45% et 41% des interviewés.
Par ailleurs, la vocation exportatrice de l'agriculture française, et
donc sa capacité à
produire " en quantité nécessaire ", n'est absolument
pas remise en cause par près
des trois quarts des Français (72%), tandis que 27% expriment leur préférence
pour
une agriculture uniquement tournée vers le marché intérieur.Cette
préférence des Français pour une agriculture qui répond
aux ambitions commerciales du
pays, et qui est donc capable de produire en quantité suffisante - sans
que l'on doive pour
autant sacrifier la qualité, la sécurité ou le goût
- implique une assez bonne compréhension de
la nécessité d'utiliser des produits chimiques. Pour les deux
tiers environ des interviewés, il
paraît acquis qu'on ne pourrait produire autant qu'aujourd'hui sans utiliser
aucun pesticide
(65%) ou aucun engrais (70%). Ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils les
considèrent
comme des produits anodins et utilisés à bon escient.
2. L'IMPACT DES PESTICIDES SUR LA SANTE DES CONSOMMATEURS PARAIT PLUS
DISCUTABLE QUE LEURS EFFETS SUR L'ENVIRONNEMENT
Les produits phytosanitaires sont des produits assez bien connus du grand
public puisque
50% des interviewés définissent le terme " pesticides "
en y classant correctement les
produits concernés par cette appellation (insecticides, fongicides, herbicides)
et en les
confondant très peu avec les engrais (8%). 35% tout de même ne
savent pas de quoi on
parle.
Ce ne sont pas des produits anodins : 75% des interviewés savent ou supposent
que les
fabricants doivent demander une autorisation de mise sur le marché. On
est donc globalement
dans un champ de perception qui est celui des produits potentiellement dangereux.
Néanmoins, les effets liés à l'utilisation de ces produits
sont assez bien différenciés. Pour
résumer, c'est sur l'eau potable et les sols que les Français
sont les plus persuadés d'un
danger " très important " des pesticides (respectivement 58%
et 43%), tandis que l'air
(36%), les animaux (31%) et les consommateurs (23%) semblent moins nettement
exposés.
Dans ce dernier cas, le résultat frappe par sa modestie et ne dénote
apparemment aucune
psychose. Les phytosanitaires inquiètent essentiellement par leur caractère
" chimique " qui
induit des effets directs sur l'environnement plus évidents que des effets
secondaires sur le
vivant.
Dans ce domaine des conséquences pour l'environnement et pour l'homme,
une légère
majorité des interviewés considère que les pesticides sont
dangereux par principe, quelles
que soient les doses d'utilisation (52%), mais une part assez importante (46%)
estime au
contraire que cette dangerosité dépend en réalité
des doses d'utilisation. C'est un des
éléments importants de cette enquête de montrer que les
Français évaluent la dangerosité
des pesticides, même dans le domaine alimentaire, en fonction de leur
type d'utilisation au
moment de la production agricole. Ce qui ramène de nouveau notre sujet
aux conditions de
production.
3. LA PERSPECTIVE D'UNE AGRICULTURE RAISONNEE APPARAIT COMME UNE ALTERNATIVE
CREDIBLE AU " TOUT BIOLOGIQUE "
C'est un fait acquis : pour la très grande majorité des consommateurs,
les agriculteurs
utilisent trop de pesticides : 65% le pensent contre 30% qui pensent qu'ils
en mettent
comme il faut, 55% des professions liées à l'agriculture avouant
elles-mêmes ces excès.
Face à ce phénomène, les responsabilités attribuées
sont assez partagées, même si les
supermarchés, l'État et les fabricants sont les plus cités,
les agriculteurs eux-mêmes ne
venant qu'en quatrième position. C'est donc l'ensemble d'un système
qui pousse à une
utilisation déraisonnable des produits phytosanitaires, système
dont la puissance publique
n'est d'ailleurs pas exclue.
Dans ces conditions, l'alternative biologique bénéficie d'un accueil
favorable, mais à un
niveau qui ne traduit pas une adhésion très forte. Entre "
augmenter de façon très importante
la part de l'agriculture biologique, même si les coûts de production
sont plus élevés " et "
continuer à traiter les cultures mais avec des quantités de pesticides
moins importantes ",
l'opinion publique penche légèrement pour la première solution
(52%) mais elle juge
également crédible la perspective d'une utilisation raisonnable
des phytosanitaires (47%).
L'opinion est au fond partagée en deux camps assez équivalents.
C'est sans doute ici le
résultat le plus inattendu de ce sondage, compte tenu de la sympathie
suscitée par
l'agriculture biologique chez les consommateurs. Mais il est très révélateur
du regard assez
nuancé porté sur l'agriculture contemporaine, ses contraintes
économiques en particulier, et
aussi des faiblesses d'image du " bio ", en particulier son coût.
4. LE DOUTE RESTE TRES ELEVE FACE A L'INNOCUITE SUPPOSEE DES RESIDUS DE PESTICIDES
A FAIBLE DOSE
Lorsqu'on considère maintenant l'aval de l'agriculture, le produit,
et non plus les conditions de
production et ses effets, on constate que la présence de résidus
de pesticides - qui ne fait
aucun doute pour neuf Français sur dix - suscite une interrogation plus
inquiète. D'abord
parce que la quantité même de ces résidus ne paraît
pas anodine : 60% pensent qu'ils sont
en quantité susceptible d'être nuisible pour la santé, contre
37% qui estiment que les
quantités sont trop faibles pour avoir un quelconque impact. En filigrane,
se profile l'idée que
par nature, un résidu ne peut pas ne pas avoir un impact sur la santé.
Ensuite, parce que cet a priori semble sourd à l'argumentation scientifique,
fut-ce-t-elle
indépendante. A la question " Si des scientifiques indépendants
vous disent qu'en dessous
d'une certaine dose, des résidus de pesticides dans les aliments n'ont
aucune incidence sur
la santé, avez-vous tendance à les croire ou à ne pas les
croire ? ", 57% répondent qu'ils ne
les croient pas (contre 41% qui les croient).Les promoteurs des produits phytosanitaires
sont donc moins confrontés aujourd'hui à une
méconnaissance du public des conditions de production ou à la
concurrence d'un modèle
agricole alternatif crédible, qu'à la difficulté à
faire admettre la bonne foi des arguments
scientifiques en faveur de l'innocuité des résidus.