Région Ile-de-France : L'urbanisation se fait surtout au détriment de la campagne
Le
Schéma directeur
de la région Ile-de-Françe (SDRIF) de
1994 a fixé des limites à l’urbanisation des espaces
agricoles et naturels : 1750 hectares par an. Pour vérifier l’application
de cette prescription le préfet de région a crée un
Observatoire de la Consommation des Espaces Agricoles et Naturels (OCEAN)
qui se réunit
soit en formation plénière avec nombre d'élus, soit
en formation restreinte (fonctionnaires, agriculteurs, associatifs). Ile-de-Françe
Environnement participe aux réunions d'OCEAN. Voici les enseignements
qu'on peut tirer de ses travaux.
Après des premières réunions fort décevantes, OCEAN
s'est réuni en formation restreinte en décembre 2002 et, en réunion
plénière, en mai 2003. Sans apporter une totale clarté,
les résultats présentés commencent à balayer la brume épaisse
qui régnait sur le sujet. La méthode d'évaluation des superficies
urbanisées progresse : elle utilise l'analyse des plans d'occupation des
sols (aujourd’hui plans locaux d'urbanisme : PLU) ainsi que les données
issues du MOS (1). Une information tirée des statistiques fiscales permet
de vérifier l'ordre de grandeur obtenu. L'utilisation des statistiques
agricoles, conçues à d'autres fins, n'est plus conservée
qu'à titre indicatif. De l'analyse des plans d'occupation des sols (en
juillet 2002), il résulte que la plupart des terrains urbanisables (autorisés
par le SDRIF de 1976) ont été effectivement classés en zone
constructible (exécution à 80% en petite couronne, à 65%
en grande couronne). Cette évolution est plus rapide que ce à quoi
obligeait le SDRIF de 1994 (50% en 2003). Le classement en zone constructible
des espaces partiellement urbanisables (zones "pyjama" sur la carte
du SDRIF de 1994) est beaucoup moindre (exécution : 45% en petite
couronne, et seulement 34% en petite couronne).
Urbanisation moins rapide que prévu
L'ouverture à l'urbanisation est donc moins rapide que prévue,
probablement en raison d'une moindre croissance démographique. Encore
faut-il remarquer qu'une part de cette ouverture est en trompe l'œil puisque
y est comptée la surface des zones d'urbanisation future (NA des POS,
AU des PLU) qui ne sont pas toutes réellement ouvertes à l'urbanisation.
On pourrait en tirer la conclusion qu'il n'y a pas pénurie de terrains
en Ile-de- France et donc qu'on peut être exigeant sur la qualité des
urbanisations.
L'examen du MOS (1) montre que, en moyenne, la consommation réelle d'espaces
entre 1990 (date de référence du SDRIF) et 1999 est légèrement
inférieure à 1750 hectares par an. Il confirme une répartition
de cette consommation réelle inférieure en espaces urbanisables
(20% au lieu de 42% prévu) et partiellement urbanisables (27% au lieu
de 47% ). Cependant la part de cette consommation dans les bourgs, villages et
hameaux atteint 20% alors qu'elle ne devrait représenter que 11%. Ce dernier
constat confirme les inquiétudes qu'avait manifestées le représentant
d'Ile-de-France Environnement lors de précédentes réunions
d'OCEAN. En bref, le rythme moyen "normal" constaté (1750 ha/an)
est donc la résultante d'une sous-consommation d'espaces urbanisables
et d'une sur-consommation d'espaces ruraux.
C'est la campagne qui est menacée
Les chiffres concernant les bourgs, villages et hameaux ne font que constater
la bétonisation a posteriori mais ils n'incluent pas les espaces classés
constructibles dans les POS. Or ces espaces peuvent être très vastes.
Ce point devrait être mieux étudié au cours de l'année
2003. On touche là le point faible de l'application du SDRIF comme le
montre une étude de l'IAURIF (2) sur la pression foncière. Elle
montre qu'en grande couronne 10 000 hectares agricoles ont changé de
mains au prix moyen - fort peu agricole - de 18 000 euros/ha (120 000 francs
l'hectare
!).
Enfin, pour la première fois, a été exprimé en séance
d'OCEAN le constat que le développement modéré des bourgs,
villages et hameaux (SDRIF, page 103) n'est pas qu'une notion qualitative (comme
le prétendent certains) mais quantitative, comme le disent depuis belle
lurette les associations. Ce constat a amené le directeur régional
de l'équipement qui présidait la réunion de mai 2003 à parler "d'échec" de
la gestion du développement des bourgs, villages et hameaux. Cet échec
résulte, selon nous, moins d'un défaut du schéma directeur
que de l'insuffisance des moyens mis en œuvre pour informer correctement
les élus ruraux des limites de leur droit à urbaniser.
Propositions pour le futur SDRIF
Dans la perspective de la révision du schéma directeur nous souhaitons
que le dispositif du développement modéré des bourgs, villages
et hameaux soit conservé. Mais il devra être géré de
manière à ce que tout maire de bonne foi puisse s'y conformer.
Comme il est difficile que le nouveau SDRIF prévoit à l'hectare
près (3) ce qui convient pour chacun de nos 600 villages, il serait souhaitable
que soit instauré un dispositif d'arbitrage, public et transparent. Objectif
: donner de la souplesse au mécanisme sans outrepasser l'objectif régional.
Pour lui permettre de mieux participer à la révision du schéma
directeur régional, Ile-de-France Environnement invite ses associations
membres agissant dans l'espace rural à lui adresser des exemples de révision
de PLU dans les bourgs, villages et hameaux mettant en évidence les éléments
d'incompatibilité avec le SDRIF (espaces réellement urbanisés
en 1990 et espaces ouverts à l'urbanisation depuis cette date).
Gilles Naudet, Vice-président d'IDFE
(1) MOS : Modèle d'Occupation du Sol. Cartographie informatique dressée
par l'IAURIF à partir des observations aériennes.
(2) IAURIF : Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de la Région
Ile-de-Françe. L'étude communiquée en réunion
d'OCEAN est disponible sous forme de "Note
rapide" N° 304.
(3) Une "erreur" d'1 hectare sur chaque bourg ou village entraînerait
un dépassement de l'objectif de 15% et donc... une incompatibilité régionale.